Panier garni dimanche Sexagésime: les différents terrains
- Paroisse Protestante
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Dimanche 8 février 2026

Prélude à l’orgue
Accueil
Soyez les bienvenus pour ce culte du dimanche Sexagésime. Aujourd’hui : grosso modo 60 jours nous séparent encore de la fête de Pâques. Nos tissus liturgiques (antependium : ce qui pend devant) sont passés du blanc du temps de l’Epiphanie au vert, et après le mercredi des Cendres, ils deviendront violets, pour le temps du Carême.
Deux dimanches nous séparent donc encore de l’entrée dans le Carême, ces fameux 40 jours pour nous préparer à la fête de Pâques.
Mais ce matin, c’est donc le dimanche sexagésime.
En ce dimanche sexagésime, nous allons réentendre l’Evangile du Semeur et des graines qu’il sème, ces graines, c’est la Parole de Dieu.
Et nous voulons entrer encore un peu plus dans ce culte en unissant nos voix pour chanter ce geste du Semeur, qui ouvre ses mains pour partager ce qu’il a de plus précieux : les grains de Sa Parole que nous recevons encore ce matin, et en communauté !
Chant : Grand Dieu nous te bénissons AEC 243 3 strophes
LOUANGE :
P : Seigneur, nous sommes heureux d’être là ensemble
pour découvrir toutes les belles choses que tu nous offres.
A : Tu nous aimes et tu veux que nous soyons heureux. Merci !
P : A chacune, à chacun de nous, tu as donné sa place sur terre.
A : Apprends-nous donc à regarder ce qui nous entoure
et à savoir nous en réjouir.
P : Merci de réunir aux quatre coins du monde
Ton peuple qui vit le jour du repos.
A : Merci de nous avoir choisis pour travailler à ton Royaume :
P+A : Aujourd’hui, nous devenons les semeurs de ton Evangile.
Répons: Béni soit le Seigneur AEC 249, 1+3
Pénitence :
Quand tu as créé le monde, Seigneur, Tu l'as fait beau et merveilleusement vivant. Et quand tu as créé l'homme et la femme, c'était pour ta joie et pour ne plus être seul dans un univers inhabité.
Tu as créée la terre ronde, comme pour dire aux hommes qui y habitent, qu’ils doivent garder leur horizon ouvert.
Mais Seigneur, si je regarde où en sont aujourd'hui le monde et les humains
J'y vois la vie asphyxiée, la terre qui tremble, les victimes de la guerre et de l’injustice, les muscles qui se montrent près des frontières et des murs de séparation, il faut briller, frapper, écraser l’autre…
Dans un autre registre, j’y vois aussi des démotivés,…des fatalistes dont je fais souvent partie.
Seigneur, que faire de cette terre éclatée qui vit un cruel manque de lumière et d’espérance ?
Reçois-nous avec toutes nos questions et donne-nous ton souffle d’inspiration, ton pardon pour nos immobilismes et notre manque de foi !
Répons : Mon Dieu, mon Père AEC 405/1
PAROLE DE GRACE :
Voilà le Salut gratuit qui nous est offert par le Dieu de Jésus-Christ, à l’image de la semence de la parabole :
Nous calculons à l’économie, ton Amour déborde sur les chemins…
Nous classons de manière définitive, nous compartimentons nos vies mais Toi Seigneur, tu sèmes à pleines mains et à grands gestes…
Des mains tendues, des bras ouverts vers nous, et voilà déjà ton Amour qui nous touche, nous pardonne et nous relève… au-delà de tout ce que nous imaginons, au-delà de nos limites et de nos frontières intellectuelles et spirituelles. Chantons notre reconnaissance pour cette semence d’amitié et de pardon !
Répons : Avec le Christ dépasser les frontières Rec Alléluia 37-09, 1+2
Prière avant les lectures bibliques :
Dieu notre Père, nous croyons que tu aimes chacun de nous comme ton enfant. Tu as béni la terre, et tu y as envoyé ton Fils Jésus
En lui, tu t’es donné pour rompre notre solitudeet nous ouvrir le chemin vers les autres.Avec nous, c’est toute la création qui attend son retour.
Pour nous tous, tu es venu et tu as donné ton fils qui est aussi notre frère : Jésus-Christ. Rends Ta Parole que nous recevons maintenant féconde. Amen
Lecteur 1 : Livre du prophète Esaïe chap 55, versets 10-12
55 10 « La pluie et la neige tombent du ciel,
mais elles n'y retournent pas
sans avoir arrosé la terre,
sans l'avoir rendue fertile,
sans avoir fait germer les graines.
Elles procurent ainsi
ce qu'il faut pour semer
et ce qu'il faut pour se nourrir . 11 Eh bien, il en est de même
pour ma parole, pour ma promesse :
elle ne revient pas à moi
sans avoir produit d'effet,
sans avoir réalisé ce que je voulais,
sans avoir atteint le but
que je lui avais fixé » 12 C'est dans la joie
que vous quitterez Babylone,
et dans la paix
que vous serez ramenés chez vous.
Répons : Alléluia
Lecteur 2 : lecture de l’Evangile de Luc au chapitre 8
8 4 De chaque ville, des gens venaient à Jésus. Comme une grande foule s'assemblait, il dit cette parabole :
5 « Un homme s'en alla dans son champ pour semer du grain. Tandis qu'il lançait la semence, une partie des grains tomba le long du chemin : on marcha dessus et les oiseaux les mangèrent.
6 Une autre partie tomba sur un sol pierreux : dès que les plantes poussèrent, elles se desséchèrent parce qu'elles manquaient d'humidité.
7 Une autre partie tomba parmi des plantes épineuses qui poussèrent en même temps que les bonnes plantes et les étouffèrent.
8 Mais une autre partie tomba dans la bonne terre ; les plantes poussèrent et produisirent des épis : chacun portait cent grains. »
Et Jésus ajouta : « Écoutez bien, si vous avez des oreilles pour entendre ! »
Répons : Louange à toi ô Christ
CHANT ASSEMBLEE : Sur les chemins du monde AEC 605, 1+2+5
Message
Sexagésime – Ezéchiel 2, 1-5 + 8-10 ; 3, 1-3

En ce dimanche des « différents terrains », l’Evangile du semeur nous a présenté des choses que nous connaissons encore un tout petit peu à l’époque d’internet : le cycle de la nature, les graines, la semence, la pluie, le soleil. Constat : cela fait presque du bien d’entendre parler de la nature et uniquement de la nature « naturelle » en cette période où tout n’est plus que connexion, réseau, technologie et artifices de la modernité… ! Vendredi dernier, c’était d’ailleurs la journée sans smartphone… Je n’ai malheureusement pas pu faire autrement que de l’allumer et de m’en servir !
L’Evangile du Semeur nous rappelait de façon imagée que, tombée dans de la bonne terre, la Parole de Dieu est puissante et efficace. Cette bonne terre est la voisine de terrains moins apprêtés : c’est finalement le monde tel qu’il est qui est décrit dans la parabole : les ronces, les pierres, les oiseaux de malheur existent bel et bien… Chacun leur donnera le nom qu’il voudra…
La parabole parle aussi de nous-même comme d’un individu, d’une femme, d’un homme passant par différents stades : dans le fait que nous évoluons, que nous changeons en fonction des événements qui marquent notre vie : quelquefois, la foi est simple, belle et paisible… Mais bien plus souvent, nous nous trouvons broyés, labourés par des coups durs et des désillusions… Même s’il restera toujours un petit bout de cœur et d’esprit ne demandant qu’à croire et qu’à espérer. Notre texte de prédication nous emmène ce matin chez le prophète Ezéchiel. Lecture
Ce texte d’Ezéchiel peut surprendre en ce dimanche des « différents terrains », puisque nous ne retrouvons pas d’allusion directe à un champ, une semence, une terre, un pays… Si ce n’est que le contexte est particulier : la déportation à Babylone, loin du Temple qui sera détruit, loin de la terre natale et nourricière.
Il s’agit d’un dialogue à sens unique entre Dieu, présenté comme « le Seigneur » et le prophète Ezéchiel, l’ancien prêtre du temple de Jérusalem, déporté à Babylone. C’est un dialogue un brin surréaliste, faisant penser à l’histoire du prophète Jonas au niveau du ton très autoritaire employé par la puissance divine, sans oublier le peuple traité de rebelles, traîtres,…Comme les Ninivites de Jonas qui désobéissent et doivent changer de comportement.
Puis vient cet épisode digne d’un grand show de magie à la David Copperfield : Ezéchiel se retrouve à devoir avaler un « rouleau » avec les nombreuses paroles de Dieu à l’adresse du peuple. Les seuls rouleaux que nous avalons, pour les amateurs du genre et consommateurs des buffets asiatiques, ce sont les rouleaux de printemps ! Dans le récit du jour, tout ce papier mâché et avalé avait un goût aussi doux que le miel…Bizarre !
En ce dimanche 8 février, à quelques jours de la St-Valentin, notre texte met en scène un couple : Dieu – Ezéchiel. Notre récit ne fait pas forcément sentir la relation d’amour de Dieu avec son peuple en général, et encore moins avec son futur prophète, Ezéchiel, en particulier.
En effet, le prêtre du temple, bien qu’en déportation, ne bénéficie d’aucun traitement de faveur de la part de Dieu : on retrouve dans la séquence l’image de ce Dieu de l’Ancien Testament haineux et rancunier qui s’impose presque par la force, qui « oblige » le prêtre à faire ce qu’il veut qu’il fasse. Il est intéressant de noter qu’Ezéchiel fait penser à une poupée de chiffon qui s’anime, se met debout même contre sa volonté (Ezéchiel 2, verset 2). Nous n’entendons d’ailleurs aucune parole d’Ezéchiel : très curieux pour ce qui est présenté comme un dialogue ! « J’ouvris la bouche » : mais pas pour parler ! Pour manger le rouleau de papier avec les plaintes, les gémissements et les cris de détresse du peuple ! Bon appétit !
Alors question évidente : qu’est-ce que moi je peux faire avec ce texte, moi qui ne suis ni prophète avalant un rouleau, ni poupée de chiffon aphasique… ?? Ah si, essayons dans le registre de nos bobos et désagréments !
S’il fallait faire une liste des plaintes et des cris de détresse du peuple, qu’y mettrait-on aujourd’hui ? (toujours un peu les mêmes thèmes sans doute : affaires de mœurs, Epstein qui éclaboussent aussi nos dirigeants ici en France, la guerre, les fins de mois difficiles, les élèves qui poignardent les profs, les défaillances en tous genres…)
Comme les peuples d’aujourd’hui, le peuple de l’époque d’Ezéchiel avait besoin de pouvoir exprimer sa plainte. Mais la seule expression, la seule verbalisation, même si elle est déjà un marqueur du début du protocole de « guérison – réconciliation- dialogue » ne suffit pas, si elle n’est pas suivie d’actes concrets, preuve que les mots ont été écoutés et entendus.
Les mots de ce matin, ce dialogue-monologue, me font penser à un vieux couple qui se chamaille : l’un parle, s’emporte, s’impose… l’autre écoute et baisse la tête. Et au final, chacun reste figé dans cette impossible communication. Ajoutez-y un yoh yoh ou un jà jà pour couper court à la discussion… et c’est reparti pour un tour !
« Toi, l’homme mets-toi debout, j’ai à te parler !...Toi qui n’es qu’un homme, ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner »… En langage moins noble, on entend : Tu vas bouffer ce que je te donne et surtout la fermer !
Le commanditaire de cette mission, nous n’en voudrions certainement pas comme employeur ! Un peu plus loin dans le texte, il est même dit que si l’employé ne coopère pas, il sera tenu comme coupable des morts qu’il provoquera ! Bonjour la pression, de quoi finir en burn-out comme le sont malheureusement bon nombre de salariés ! Secteurs de la santé, éducation, management, numérique sont les plus touchés… 35 % de la population active déclare avoir connu un burn-out dans les 5 dernières années…
Et des personnes en mal-être, il y en a aussi dans nos Eglises ! Que ce soient des laïques ou des ministres du culte ! Certains courent après le temps, corvéables à merci pour la bonne cause, d’autres malgré leurs efforts n’obtiennent que peu de fruits… Avec peu de remerciements ou de considération de la part des hauteurs de la pyramide.
Et puis soyons honnêtes jusqu’au bout, tous ne sont pas de la bonne terre ! Manque de patience, de savoir-faire, de savoir-être, absence de compassion, sentiment de supériorité, besoin de briller et d’être au centre…
Voilà les symptômes que vous avez sans doute déjà aperçus dans nos milieux d’Eglise ! S’en suivent souvent des règlements de compte, en impliquant si possible les médias !
On nous demande d’ailleurs en fin d’année les statistiques paroissiales ! Mme la pasteure Y ou M le pasteur X au service de la paroisse de Gottblietheim ont-ils donné le maximum ? Ou ne faisaient-ils que le minimum ? Que vous fassiez 3 enterrements dans la semaine, du catéchisme, un Stammtisch, un concert ou juste le culte du dimanche, vous êtes d’ailleurs payés pareil chez les pasteurs ! S’il y avait un intéressement, peut-être que certaines paroisses seraient aussi dynamiques que celle de Lingolsheim !
Dans la même veine : Monseigneur Retord (ça ne s’invente pas !), vicaire apostolique du Tonkin occidental, présentait, en 1851, « le bilan remarquable de l’action du missionnaire Augustin Schoeffler ( aucun lien avec le producteur de choucoroute industrielle): baptêmes d’enfants d’infidèles : 200 ; d’enfants de chrétiens, 41 ; d’adultes : 23; confessions : 4707; communions,3351; viatiques 52, extrêmes onctions125.
Voilà un bien beau travail pour un jeune missionnaire » (Extrait de Histoire et missions chrétiennes 2008/3)
Voici un bilan à faire pâlir plus d’un curé et trépigner d’envie les tenants d’une Eglise « de managers ».
Je crois qu’en ce dimanche Sexagésime, nous avons surtout à nous rappeler que Dieu a évolué, a grandi, définition du terme « manager »…
Il n’est pas resté ce Dieu violent et exigeant de l’Ancien Testament, mais il est devenu homme en Jésus-Christ. Il ne nous appelle pas à juste ouvrir le bec et à gober tout et n’importe quoi, surtout depuis que le vent de la Réforme a soufflé !
L’Eglise d’aujourd’hui n’est sans doute plus aujourd’hui à considérer comme un rouleau compresseur qui devrait semer la Parole de manière fracassante, avec une injonction, une obligation de croire et d’espérer.
La bonne terre, c’est aussi notre libre-arbitre, notre envie, notre intuition.
Dans l’Eglise du Christ, je crois qu’il fait bon vivre, qu’il fait bon grandir et qu’il fait bon vieillir… Surtout lorsque nous sommes délivrés de l’obsession du résultat ! Notre seule mission : avant de vouloir convertir l’autre, déjà se laisser porter par la Parole, et l’accueillir comme une Bonne Nouvelle. Amen
Bref interlude musical à l’orgue
CHANT ASSEMBLEE : Mon vrai trésor AEC 617, 1-3
Annonces
Prière d’intercession :
Dieu Créateur, semeur de Parole et d’espoir, semeurs désormais nous voulons être. Semeurs d’espérance, semeurs d’Evangile comme nous l’avons entendu et chanté.
Semeurs sur les terrains de la guerre, sur le terrain du malheur, de la solitude, de la peur, de la mort.
Nous te prions pour tous les malheureux et les oubliés de ce monde, pour celles et ceux vivent dans des conditions d’inconfort, sans même le nécessaire, parfois même sous nos fenêtres. Merci pour tous ceux qui aident, veillent, alarment, agissent avec des associations, des ONG, des groupes de prières….
Semeurs nous voulons l’être aussi en préservant cette planète. Apprends-nous à réinventer la gestion de ta Création de manière responsable, dans un esprit de préservation du capital naturel et de respect de la vie de chacun.
Apprends-nous tout simplement à nous réjouir de la beauté de la vie.
Et nous pouvons aussi te confier ce qui est moins beau, nos doutes, nos énervements, nos ras-le-bol, nos divisions visibles ou cachées…
Reçois maintenant dans nos prières personnelles nos joies et nos tracas…
Et exauce nos demandes lorsqu’ensemble nous te disons : Notre Père
CHANT : Viens et nous bénis AEC 890, 1
Bénédiction :
Que Dieu marche devant vous, pour vous ouvrir la route.
qu'il marche à vos côtés, pour vous soutenir,
qu'il marche derrière vous, pour vous protéger des pensées
qui attaquent dans le dos,
Que le Dieu trois fois saint, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, vous bénisse et vous garde. Amen.
Postlude (à l’orgue)



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