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Mot de rentrée: de l'ovalie ou des vertus du rugby




Alors que les plus jeunes de nos écoliers ont (presque) séché leurs larmes matinales, il y a des coins du monde où la rentrée porte une saveur particulière: pays en guerres, pays connaissant une grave instabilité politique, pays où les filles sont interdites de scolarité, … et puis il y a aussi ces contrées où a surgi l'inattendu!

Alors que les All-Blacks frappaient le sol lors de leur traditionnel HAKA, la terre tremblait au Maroc. Tectonique des plaques contre plaquages réglementaires… Une pensée pour les victimes du tremblement de terre et un coup de chapeau pour les secouristes, aidants solidaires d'ici et d'ailleurs.


Vendredi dernier, un peu plus tôt dans la soirée, c'était aussi le coup d'envoi de la Coupe du Monde de Rugby 2023! Match d'ouverture remporté avec la manière par le XV tricolore avec une belle dynamique de groupe, confirmé encore contre l'Uruguay lors du deuxième match de poules.

Rugby: "sport de brutes pratiqué par des gentlemen » avec des règles compliquées dont l’objectif est d'avancer vers la ligne adverse tout en ne pouvant que faire des passes vers l'arrière.


A l’école de rugby, on vous apprendra que le principe fondateur est d’honorer et respecter la règle, qui inclut et libère la créativité. Vous n’y verrez donc ni contestation, ni victimisation pleurnicharde.

Sur le terrain, dans le feu de l’action, votre choix sera toujours triple : la percussion (la force), l’évitement (la vitesse) et la passe (la solidarité). Cette compilation de gestes compose une symphonie qui célèbre la personne humaine : corps, esprit, âme, pour convoquer non pas des « valeurs » mais des vertus piochées au plus profond de l’être. Le rugby vient malaxer très profondément notre pâte humaine pour révéler le pire (découragement, violence, lâcheté, égoïsme) mais surtout le meilleur, ces vertus charnières qui nous projettent dans la vie : le courage dans l’adversité, la tempérance dans la violence, la prudence dans l’engagement, et la justice, pour demeurer humble devant le réel de la règle, et s’ajuster face à son prochain. Et oui, on dirait presque un langage théologique : courage, tempérance, prudence, justice, prochain (et amour du prochain ?) …

Et solidarité ! Au rugby, nul ne peut progresser seul. Le partage des peurs et la nécessité de se dépasser (nous et notre « vieil homme », comme le dit l’Ecriture) viennent souder un groupe et fonder ainsi une fraternité d’âmes.

Ce sport, très « carné », rappelle aussi que la religion chrétienne est celle de l’incarnation, d’un Dieu qui s’est fait homme et donc chair. En ces temps compliqués, le rugby célèbre l’importance du corps et de la nature, du tempérament et du caractère. Le rugby apprend que la réalité du terrain ne ment jamais : c’est l’école du « jeu » davantage que du « je ».

Daniel Herrero, dans son Dictionnaire amoureux du rugby disait très poétiquement au sujet de la passe du ballon ovale : « passer n’est pas un acte facile. Après avoir serré la balle contre son cœur, il faut s’en séparer, et l’offrir à quelqu’un d’autre. Et pour offrir, il faut être capable au moins d’émotion, sinon d’amour, et considérer le bonheur de l’autre comme sa propre récompense ». Certains y ont même vu les symboles de la Sainte Cène : le Christ qui se donne, corps et sang.

Alors oui, le rugby est certainement un sain (saint) divertissement » et il nourrit cette joie sportive, vécue souvent par procuration devant nos écrans. Ces émotions partagées peuvent aussi nous conduire à nous poser et nous reposer, tels les joueurs dans les vestiaires, pour réfléchir à nos places sur les terrains de jeu de nos vies, dans nos vocations de baptisés, d’époux, de parents, de travailleurs, de citoyens.

À l’école des vertus célébrées par l’ovalie, nous pouvons nous inspirer pour nos tâches ici, dans notre paroisse et notre monde : nous pourrons choisir des gestes justes et inspirés, à offrir, pour bonifier nos vies et celle de nos proches, de l’Eglise du Christ pour faire progresser le bien et ainsi transformer petitement mais sûrement la société.

Allez, les hymnes commencent. Nous sommes attendus.

Ensemble, nous entrons sur le terrain de cette nouvelle année de construction ensemble :

- pour nous mêler à la vie communautaire

- pour démêler les situations conflictuelles

- pour avancer dans nos projets pour les transformer… Bonne rentrée à tous !

Jean-Philippe Schwab

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