MEDITATION CARÊME 2018

"Tu me suis ?" Luc 9. 57-62

Fiotte : n.f.: personne peu enthousiaste, pantouflarde, subissant le changement plutôt que le provoquant.

 

Le texte que nous étudions ici n’est donc pas fait pour les fiottes, ceux qui suivent sans réfléchir.

 

Aujourd’hui, "suivre" est un verbe connoté négativement ; on pensera d'abord au mouton qui suit bêtement un troupeau, sans réfléchir. Pourtant, suivre, c'est avant tout une démarche active, et nous tous, nous suivons quelqu'un ou quelque chose: les ados du collège et du lycée suivent la mode, les garçons suivent le match de foot à la télé, les adultes suivent l'actualité, la politique, les affaires, le cours de la bourse, ou encore les indications de leur GPS quand ils ne connaissent pas la route.


Suivre la mode, c'est aimer la mode. Suivre le foot, c'est aimer le foot. Suivre sa femme dans les boutiques de cosmétiques, c'est aimer sa femme d’un amour sans limite...bref, vous avez compris ! Suivre, ça veut presque dire "aimer".

Mais comment suivre le Christ ? Que nous a dit l'Evangile à ce sujet ?

Jésus ne cherche pas à se vendre et ensuite, lorsque l’affaire est dans le sac, de révéler ses cartes ; c’est-à-dire de proposer une autre réalité que celle que la vitrine présentait.

Le Christ aurait fait un bien mauvais politicien. Non, Jésus n’est pas un bon commercial mais un homme entier, franc et direct ! Au risque de déranger son auditoire de l’époque et nous aujourd’hui... Oui, nous, qui aimons tant les choses lisses, surtout pas de vague, restons courtois et un peu faux-cul quitte à nous mentir à nous-même.
Jésus, lui, ne cherche pas à séduire, ni à plaire. Il ne cherche pas à caresser dans le sens du poil. Il ne se prend pas pour un gourou et n’utilise pas leurs méthodes de recrutement. Il annonce clairement la couleur : le suivre, ce n’est pas un chemin de gloire ! Il veut éviter à ses auditeurs le risque de se méprendre, de croire qu’en le suivant, ils trouveraient une forme de réussite, de valorisation personnelle, de récompense.
Sa Parole tranchante peut nous sembler abrupte, même repoussante. C’est que Jésus ne contraint personne à le suivre. Il ne fait pas non plus de promesses fallacieuses : il ne promet ni le succès, ni la santé, ni l’absence d’épreuves et de souffrance.

 

Les évangiles ne nous disent pas ce que sont devenus ces gens, l’ont-ils d’ailleurs suivi ? Mais ce n’est pas cela qui importe. Ce qui importe, c’est que chacun soit au clair avec lui-même dans son engagement : qu’est-ce que j’attends de lui ? Suis-je à la recherche d’une religion-prétexte rassurante sur l’au-delà ? D’une protection et d’une bénédiction divines qui me donnent bonne conscience, même conscient que je file du mauvais coton ?


Au premier qui lui dit : "Je te suivrai partout où tu iras.", Jésus répond assez logiquement : "je n’ai rien à donner, je ne possède rien. Si tu viens avec moi, tu dois accepter de renoncer à tes sécurités matérielles voire spirituelles".

Faire route, c'est être prêt à aller toujours plus loin, toujours en avant, quitte à renoncer à ce qui était acquis.

La réponse donnée au second "Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu." est bien plus radicale et difficile à comprendre.

Jésus ne nous demande pourtant pas d’être inhumain, ni de manquer au respect dû à nos morts. Il est d'ailleurs significatif que sur les trois hommes, ce deuxième est le seul auquel Jésus dit : "Suis-moi !" C'est Jésus qui appelle cet homme: c'est maintenant qu’il faut faire le choix entre la vie et la mort.
La troisième réplique : "Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait pour le Royaume de Dieu".

Cette parole nous invite à aller de l’avant, à ne pas nous crisper, à ne pas nous figer sur ce qui a toujours été.

Les côtes de la mer du Nord sont très découpées ; un jour lors d'une forte tempête, un bateau en détresse s'était brisé contre un rocher. Les occupants du bateau s’accrochaient à ce qui continuait de flotter et ils furent jetés, rejetés continuellement sur les rochers. Un seul marin choisît de lâcher prise. Une vague l’emporta hors de la crique. On le retrouva seul survivant sur la plage voisine.


"Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas digne de Royaume de Dieu". En plus du "en arrière", on pourrait faire du zèle et rajouter de côté, en haut, et au risque de vous surprendre, même celui qui regarde seulement en avant n’a pas bien compris Jésus.


En avant : J’entends souvent que "le Salut sera dans l’avenir et pour sûr dans le Royaume de Dieu". En disant cela, on pense qu’on est croyant, mais c’est faux. Dieu est le Dieu du ciel et de la terre. "Le Royaume est au milieu de vous" dit Jésus.
En haut : Alors il y a aussi ceux qui regardent constamment vers le ciel d’où ils attendent la solution à tous leurs problèmes et de préférence par une intervention miraculeuse de Dieu.

Faux encore ! L’ange réprimanda les disciples au jour de l’Ascension : "Qu’êtes-vous là à regarder le ciel, allez à Jérusalem, le Seigneur vous y attend !".
Regarder de côté : Pierre a commis cette erreur sur le lac de Galilée. Au lieu de garder son regard fixé sur celui qui l’appelait, il regarda les vagues, la tempête, prit peur et sombra !

Que ce temps de Carême 2018 nous aide à nous recentrer sur l’essentiel, et que nous soyons prêts à mettre la main à la charrue. Suivons le Guide !

Jean Philippe Schwab