Le "notre Père",

nouvelle version

 

 

Les chrétiens croient en un Dieu trinitaire, ou pour le dire de manière plus simple un Dieu « trois en un » (à l’image de certains dentifrices et autres produits de nettoyage) : Père, Fils et Saint-Esprit.

 

Nous croyons d’abord en un Dieu Père : Père de la Création tout entière, Père de Jésus-Christ, l’enfant de Noël, l’Emmanuel, Dieu avec nous et Père de chacune des créatures que nous sommes, vous et moi.

Ce lien de paternité se fait jour par le sacrement du baptême, qui nous rend filles et fils de Dieu et en qui il « place toute son affection », comme cela a été dit à Jésus lui-même au moment de son baptême dans le Jourdain ( Matthieu 3, 17).

C’est aussi à ce Dieu Père que Jésus adressera une prière qui est récitée par les assemblées chrétiennes lors des cultes ou messes, et qui est la prière la plus connue : le « Notre Père ».  

 

Le texte original se trouve dans l’Evangile de Matthieu au chapitre 6, versets 9 à 13 et a été prononcé en araméen par le Christ, lui-même traduit en grec dans le Nouveau-Testament avant d’arriver seulement à la langue française (et à toutes les langues dans lesquelles la Bible est traduite, soit plus de 3200 langues et dialectes qui disposent au moins d’un livre biblique).

L’actualité de l’Eglise fait revenir le Notre Père sur le devant de la scène puisque les Eglises francophones sont invitées à modifier la 6ème demande de la prière, et ce depuis le 1er Avent 2017.

 

Ceux qui depuis Vatican II (1965)  disaient «  ne nous soumets pas à la tentation » devront maintenant préférer à cette formule «  ne nous laisse pas entrer en tentation », retenue pour les Églises catholiques francophones et pour l'Eglise Protestante Unie de France. L’UEPAL a décidé l’adoption du Notre Père nouvelle formule lors de son Assemblée d’automne 2017.

Qu’est-ce que ça change au fond ? Au-delà d’un exercice de mémoire non négligeable devant ce qui était presque devenu des paroles « automatiques », il y a un enjeu théologique entre un Dieu qui « soumettrait à la tentation » et un Dieu qui « ne nous laisserait pas entrer en tentation ».

 

Ce mot « tentation » peut d’ailleurs être traduit et compris comme « épreuve ».

Dans cette mesure, la nouvelle traduction liturgique retenue par l’épiscopat français peut s’avérer comme une sorte d’ouverture laissant apparaître que la volonté humaine peut n’être pas totalement étrangère à l’entrée dans la tentation.

Elle peut laisser entendre que Dieu n’est pas forcément à l’origine de la tentation, comme le suggérait la traduction précédente, elle-même marquée par un schéma vertical dans lequel Dieu soumet le croyant à la tentation, mais qu’il peut aussi garder le croyant de la tentation en l’empêchant de la connaître, et ainsi le préserver dans le champ horizontal. 

Les autorités catholiques et protestantes ont, dans un souci d’unité,  décidé de ne plus dire "ne nous soumets pas à la tentation", qui laissait penser que les fidèles étaient poussés par Dieu lui-même sur la pente glissante du péché.

Place à "ne nous laisse pas entrer en tentation", qui érige plutôt leur Créateur en protecteur bienveillant et qui donne à l’homme la liberté de choisir, liberté qui ne va jamais sans le concept de responsabilité, si chères au protestantisme.

Les mots ont un sens, et sans doute que la concentration nécessaire pour réciter le Notre Père nous fera découvrir ou redécouvrir le sens profond de cette prière partagée chaque dimanche.

Jean Philippe Schwab